La grossesse dans la tradition tibétaine (1/2)

La grossesse, le processus d’obtention du précieux corps humain et son développement progressif

L’histoire de la médecine tibétaine remonte à près de 2000 ans et représente l’un des principaux joyaux du trésor des sciences fondamentales du Tibet. Depuis des siècles, en combattant les maladies, les Tibétains ont exploré les techniques de soins en employant notamment les substances animales, les minéraux, et les plantes, surtout les herbes médicinales qui poussent sur les hauteurs du pays. D’ailleurs, il est dit dans la tradition orale du Tibet : « si poison il y a, remède il y a ».

Les Tibétains ont accumulé les richesses de l’expérience médicale parallèlement au progrès effectués dans la connaissance de l’environnement et des hommes, ainsi que dans les conditions de vie et la productivité. Partant, le processus de la grossesse a été également finement étudié dans la tradition médicale du Tibet.

Vers le 8ème siècle, le savant thérapeute tibétain YOUTHOK YÖNTEN GONPO collecta l’expérience et l’habileté de son peuple durant quelques décennies, tout en testant sur une large échelle les arts médicaux d’autres contrées telles que l’Inde, le Népal ou la Chine. Parallèlement, il composa surtout les fameux « Quatre Tantras médicaux » (rGyud bZhi), qui forment la racine de la médecine tibétaine.

Dans ce corpus est exposé le déroulement de la grossesse et notamment la manière dont les substances nutritives de la mère permettent le développement du fœtus par le cordon ombilical. Ce lien est clairement illustré, entre autres, par la métaphore des cultures irriguées par un réservoir d’eau via un canal d’alimentation : l’eau contenue dans le bassin est transportée jusqu’aux champs par le canal pour permettre la croissance des plantes.

Dans le « Décret Ministériel » (bLon-po bKa’-Thang), il est dit que le développement embryonnaire et foetal passe par trois étapes : le « stade pisciforme » puis le « stade chélonien » suivi du « stade suidé ». Egalement, dans « l’Aigue-marine », commentaire des « Quatre Tantras médicaux » composé par le suprême régent SANGYE GYATSO,

Le suprême régent convoqua de nombreux spécialistes tels que le peintre et savant en médecine tibétaine LHODRAK TENDZIN et, en 1704, après avoir collecté une grande variété de matériau médical à travers les différentes provinces, en fit faire des reproductions picturales pour servir de support aux études. 79 thangkas aux couleurs originales furent ainsi confectionnées selon le style tibétain. Elles illustrent aujourd’hui les livres sur la médecine tibétaine publiés au Tibet ou dans d’autres pays.

La deuxième série de thangkas présente des illustrations du cycle menstruel et la cinquième, des peintures montrant la croissance du fœtus. Les menstruations de la femme commencent généralement dès l’âge de 12 ans pour finir avec la ménopause, à 50 ans. Les thangkas exposent clairement les sensations éprouvées lors des règles : les douleurs dans le bassin, la distension du ventre, le gonflement de la poitrine, l’instabilité et la morosité de l’esprit…

Les signes qui caractérisent la naissance : D’une façon générale, obtenir un corps dépend principalement du bon état général ainsi que de l’équilibre des trois humeurs rLung, Badkan, mKhrispa qui assurent la qualité du sperme de l’homme et du sang menstruel de la femme. Errant dans le Bardo du Devenir, la conscience est entraînée par le vent des facteurs perturbateurs (ignorance, etc.) et du karma vertueux ou négatif, conjugué à la force des souhaits antérieurs. C’est ainsi qu’elle s’associe au liquide séminal et au sang menstruel, qui sont eux-mêmes constitués des cinq éléments. Si elle constitue la cause de la fécondation dans la matrice, cette fusion est provoquée cependant par les relations sexuelles des géniteurs et il faut encore que leur karma coïncide pour qu’un être vienne au monde.

Ce processus interactif est illustré par l’image suivante : tout comme faire du feu nécessite de réunir deux morceaux de bois et de les frotter l’un contre l’autre sur de l’amadou sec, obtenir un corps dépend de la réunion de divers facteurs. De la même manière, les cinq éléments ne pourront se constituer en l’absence de causes et d’interaction karmique.

Lire la suite en partie 2: la grossesse semaine par semaine selon la médecine tibétaine

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