Tenzin Teundroup, biographie d’un érudit thérapeute sans égal

Ayant traversé l’océan des dix sciences générales et en particulier la science médicale, vaste et profonde, il prit possession de ce joyau qu’est le nectar de la pensée.
Par une ferme détermination, il put brandir glorieusement l’étendard des sciences de la vie.
Il répandit le festin d’ambroisie bienfaisante pour les êtres infortunés et, riche des qualités d’érudition, servit utilement la politique et la religion de son temps.

Lungtok Choktsang, août 2000

Voici résumée la vie de l’érudit thérapeute sans égal chez les médecins ordinaires :

Il est né en 1933 dans le village de thawa, lieu de naissance de nombreux êtres saints au coeur des pâturages de la circonscription de Shagdom, dans le district de Dzogué en Amdo. De 7 à 16 ans, il s’initia à la religion au monastère de Shagdom Khangsar Shédroup Norbouling et reçut le nom de Tenzin Teundroup mais sa famille l’appelant affectueusement Tenkho, on continua à le nommer ainsi.

Là, il apprit à lire et à écrire, étudia la grammaire, les rituels et la pratique spirituelle, qu’il mena à la perfection. Puis il passa avec succès les épreuves de récitation relatives à « La Grande Voie Progressive » (Lam rim chen mo), à « L’Ornement de la Voie du Milieu » (Madhyamakalamkara) et à « L’entrée dans la Conduite des Bodhisattvas » (Bodhicaryavatara).

Ses grandes capacités intellectuelles lui permettant de mémoriser facilement, il étudia les traités-racines et subséquents des quatre tantras de médecine.

En grandissant, il éveilla ses excellentes prédispositions et devint l’étudiant d’illustres docteurs en sciences fondamentales. Il reçut en particulier les explications sur les écritures du Triple Canon et fit sienne la pratique des trois entraînements supérieurs de la voie.

Envoyé loin de son pays natal et de ses proches, il fut soumis à de grandes privations mais les endura avec foi et enthousiasme pour se rendre auprès du grand maître Shasa qui demeurait dans l’ermitage supérieur de la région de Khagya. Il y apprit la fabrication de mandalas, l’astrologie et la divination, le « kalachakra », le sanskrit et la poésie. Il étudia et assimila de nombreuses transmissions et instructions de noble source sur la mise en pratique des quatre tantras qui sont l’essence de la vaste médecine.

Il apprit à identifier les substances médicinales et étudia sans confusion les traditions de Jang et de Zour, en étant capable de distinguer les instructions particulières de chacune.

Observant attentivement les préparations médicinales ainsi que la technique de neutralisation des toxines puis les mettant en pratique, s’entraînant avec rigueur à l’examen médical et aux différentes méthodes de soins, il se hissa au sommet de cette discipline.

Étudiant, réfléchissant et méditant sur le nectar de la doctrine profonde, d’après les transmissions et instructions reçues des sciences, soutras et tantras, il amoncela par ces trois sagesses le trésor inépuisable de la connaissance et devint un glorieux érudit.

Ensuite, s’étant rendu à Labrang Tashikyil, il étudia les cinq traités fondamentaux. En 1958, alors qu’il avait 26 ans, un grand bouleversement s’opéra au Tibet. L’année suivante, il partit pour son pays natal de Shagdom. En 1960, pour répondre à l’attente de tous les gens de sa région, il s’y installa comme médecin. En 1971, il fonda un nouveau centre de soins à Shagdom. Il y exerca en qualité de directeur et de médecin. Il composait de nouveaux médicaments et, sans ménager sa fatigue, voyageait à de nombreuses reprises, à travers les montagnes et forêts, cours d’eau et alpages de Rongdrok. Recueillant et assemblant les herbes médicinales, il déployait une vaste activité pour le bien des êtres, qui comblait de joie la population.

A cette époque, il n’était pas permis d’enseigner les matières scientifiques, mais dès 1972, il le fit en plus de son travail de thérapeute et notamment la nuit pour des étudiants en médecine venus d’autres régions. Il entraînait les futurs médecins sur la base d’un manuel exceptionnel intitulé « Sélection de cours médicaux », qu’il avait constitué en compilant et arrangeant divers ouvrages. Un tel engagement dans l’étude combinée à la pratique de la médecine entraîna de nombreux bienfaits manifestes, inspirant respect et louange dans la population. En 1975, il créa la première école de médecine tibétaine du district de Ngawa, en Amdo. Les précis et traités médicaux nécessaires à l’étude étant rares, il composa treize nouveaux manuels, entre autres sur la physiologie et la petite chirurgie.

En 1979, il fut invité au Men-tsi-khang, l’Institut médico-astrologique de Lhassa. En compagnie du sous-directeur, le docteur Kunka Puntsok et d’autres, il réexamina notamment la fabrication des pilules précieuses ainsi que les anciens livres médicaux.

En 1980, après être retourné au centre médical tibétain de Dzogué en Amdo, il enseigna régulièrement aux thérapeutes et aux professeurs du collège, diffusant la médecine et contribuant au développement du diagnostic pour le bien de nombreuses populations. En 1982, lorsque le Panchen-Lama vint en Amdo, il le servit en qualité de lama-médecin.

A partir de 1984, le professeur Tenzin Teundroup élabora des pilules de substances précieuses et fabriqua notamment les ratna-samphel, Trang-jor, Mang-Djor, Tsotrou-Dhashel, ce qui était une nouveauté dans la région.

sous le titre de « Trésor d’ambroisie des toutes bienfaisantes préparations médicinales », il écrivit un livre détaillant la composition de 1385 médicaments, ces moyens curatifs particuliers comprenant les pilules, les poudres et décoctions, bénéfiques pour tous types de maladies.

Aujourd’hui encore, il réside à l’hôpital tibétain de Dzogué en Amdo (aujourd’hui la province du Sichuan pour la Chine) où son activité principale est tournée vers le bien des malades.

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