J’ai tenu un journal des six goûts après chaque repas pendant un mois sans noter à table

juin 28, 2026

J’ai fermé mon carnet bleu d’un coup sec, alors que la soupe refroidissait encore dans mon bol. J’ai décidé ce soir-là de tenir le journal des six goûts pendant 30 jours, avec 3 repas par jour et 6 cases à cocher par repas. Je voulais écrire dans les 5 minutes après avoir mangé, pas pendant, parce que le stylo me volait déjà le plaisir. Depuis ma région rouennaise, je suis partie une journée à Paris pour relire mes repères à l’Institut Shang Shung, puis je suis rentrée avec l’idée plus nette. J’étais sûre de moi, et j’ai été convaincue de tenter ce protocole en vrai.

Comment j’ai organisé mon protocole en conditions réelles, entre boulot et maison

Mon protocole tenait sur une page par jour. J’ai coché 6 cases après chaque repas, dans les 5 minutes, pendant 30 jours. Je notais doux, salé, amer, acide, astringent et piquant, sans écrire au milieu du repas. J’ai relu mes pages tous les 7 jours, pour voir ce qui revenait, et je me suis appuyée sur les repères de l’Institut Shang Shung.

Je vis seule, sans enfant, et je n’ai pas de famille à gérer, mais mes journées restaient serrées. Je mangeais par moments au bureau, par moments en vitesse, par moments debout devant l’ordinateur. Le déjeuner me donnait le plus de fil à retordre, parce que je me suis retrouvée à finir un bol de riz puis un café avant d’avoir fixé mes notes. Mon travail de Rédactrice spécialisée en médecine traditionnelle tibétaine pour un magazine culturel et scientifique m’a appris à garder la tête froide, même quand l’assiette est brouillée.

Pour tenir le rythme, j’ai gardé un carnet papier, un stylo noir et une grille très simple. J’ai dessiné six cases par repas, rien . Un rappel discret sur mon téléphone m’a évité trois oublis de suite au début. Quand je suis rentrée de Paris, j’ai même refait la page du lendemain pour la garder lisible.

Je voulais vérifier une chose précise. Est-ce que le fait de différer la notation allait réduire la pression à table, tout en gardant des notes assez fines pour repérer mes habitudes ? En douze ans de travail éditorial, j’ai appris que la forme change la précision du regard. Ma Licence en études asiatiques (Université de Paris, 2010) m’a aussi aidée à rester attentive aux catégories sans les tordre.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas comme prévu

Les premiers jours, j’ai cru que ça irait tout seul. J’étais restée trop optimiste, et j’ai commencé à oublier les boissons, surtout le thé du matin et le café de midi. Au déjeuner, je me suis retrouvée à courir entre deux tâches, puis à hésiter sur les cases. Un plat composé, comme un bol de riz avec légumes et sauce, me demandait déjà plus de tri que je ne l’avais prévu.

Un jour, j’ai noté une soupe avec un sandwich, et là j’ai patiné. La soupe me donnait un fond salé, le sandwich apportait du doux, et la sauce me semblait couvrir le reste. J’ai voulu deviner les goûts après coup, puis je me suis sentie coincée devant ma propre grille. Ce jour-là, en finissant mon bol de soupe, j’ai réalisé que sans noter sur le moment, je perdais la trace des saveurs subtiles qui s’étaient déjà évaporées de ma mémoire.

Je me suis aussi aperçue que j’avais un stylo dans la tête. Je ne notais pas pendant le repas, mais j’analysais déjà la texture du pain, la chaleur du piment, le fond du café. Oui, je sais, je m’étais juré de ne plus faire ça. Plus je voulais rester simple, plus mon esprit découpait l’assiette avant même que je sois rassasiée.

Trois semaines plus tard, la surprise des goûts cachés et des ajustements

Au bout de 7 jours, puis encore plus clairement à 10 jours, la relecture a changé ma façon de voir mes repas. J’ai vu noir sur blanc que le doux et le salé remplissaient presque toutes les cases. Le riz, la courge et les carottes revenaient dans mes notes comme des bases très présentes, même quand je les croyais neutres. En tant que Rédactrice spécialisée en médecine traditionnelle tibétaine pour un magazine culturel et scientifique, j’ai été frappée par ce déséquilibre discret.

J’ai alors changé deux choses. J’ai réduit le café, et j’ai ajouté un thé noir plus fort l’après-midi, puis un légume un peu amer dans la semaine. J’ai aussi noté chaque changement dans le carnet, histoire de voir ce qui bougeait vraiment. Je suis devenue plus attentive aux repas du matin, parce qu’ils portaient déjà une bonne part de la journée.

Les détails les plus nets sont venus après coup. J’ai été frappée par la bouche sèche après un plat piquant, plus que par la brûlure elle-même. Le piquant m’apparaissait comme une chaleur légère qui restait après le repas. Le citron dans une salade et le vinaigre dans une sauce ressortaient, eux, comme des marqueurs très clairs du goût acide.

J’ai découvert que l’astringent, cette sensation un peu sèche et accrochante en bouche, n’était pas qu’une théorie : elle devenait tangible quand je buvais mon thé noir après le repas du soir. Avec des lentilles bien cuites, j’avais la même impression de bouche qui accroche, presque comme un tissu qui retient un peu l’humidité. Là, j’ai compris la différence entre un aliment sec et une vraie astringence. Quand je relisais mes pages, je voyais que le fond amer du café n’apparaissait vraiment que si j’avais laissé de côté biscuits et sucre.

Mon verdict après un mois : ce que ça a vraiment changé pour moi

Au terme du mois, j’avais 90 repas notés, et mes fiches prenaient en moyenne 3 minutes à remplir après le repas. Je gardais une page par jour avec 6 cases, puis une relecture après 7 jours, et j’ai fini avec un tableau de lecture bien plus net qu’au départ. Avant, je voyais surtout le doux et le salé ; après 21 jours, je repérais plus vite l’absence d’amer et d’astringent. Je n’ai pas noté un basculement magique, mais un schéma stable, très lisible.

Ce qui a marché pour moi, c’est la baisse de pression à table. J’ai mangé sans stylo dans la main, puis j’ai observé juste après, ce qui m’a laissé plus de place pour le goût réel. J’ai aussi mieux vu les saveurs cachées, comme le citron, le vinaigre, le thé noir et le café. Petit à petit, mes assiettes ont cessé de tourner autour des mêmes bases.

Les limites sont restées très concrètes. Les plats mixtes, comme une soupe épaisse, un dal ou un sandwich chargé, me demandaient encore trop de tri. J’ai confondu plusieurs fois amer et astringent au début, et j’ai compris qu’un plat sec n’était pas forcément astringent. Sans un minimum de rigueur, je perdais vite le fil de la journée, surtout si je laissais filer le thé ou le café.

Pour quelqu’un qui accepte de noter sans chercher la perfection, ce protocole m’a paru solide. Pour un lecteur qui cherche seulement un repère sur ses goûts, je le trouve très lisible. Dès qu’un doute clinique apparaît, ou si l’âge d’un enfant entre en jeu, je renvoie vers un nutritionniste ou un pédiatre, parce que mon carnet ne pose pas de diagnostic. Je vis seule, sans enfant, et ce type de suivi m’a surtout aidée à lire mes repas, pas à les médicaliser.

Lhamo Tsering

Lhamo Tsering publie sur le magazine Médecine Tibet des contenus consacrés à la médecine traditionnelle tibétaine, à ses pratiques, à ses fondements et à son contexte culturel. Son approche repose sur la clarté, la progression et la mise en contexte des notions importantes, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre un sujet riche et souvent complexe.

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