Apprendre le sens des couleurs dans l’art médical tibétain m’a ouvert les yeux

juin 18, 2026

Dans l’atelier de Tenzin Norbu, à Dharamsala, l’odeur d’encre et de papier ancien m’a sauté au nez quand j’ai rapproché deux thangkas médicales. Depuis mon domicile en région rouennaise, je suis partie 4 jours à Dharamsala pour regarder ces planches autrement. En tant que Rédactrice spécialisée en médecine traditionnelle tibétaine pour un magazine culturel et scientifique, j’ai compris ce jour-là que le rouge ne jouait pas le même rôle partout. Une image qui me semblait décorative a pris une logique nette, presque physique.

Je partais de loin, avec mes idées reçues et mon rythme de vie

En tant que Rédactrice spécialisée en médecine traditionnelle tibétaine pour un magazine culturel et scientifique, j’avais l’habitude des textes, pas des planches. Depuis douze ans, je produis quinze articles par an, et mon rythme me laisse peu de place pour les détours. Je vis seule, sans foyer à coordonner, et j’organise mes soirées avec une précision un peu sèche. Ma Licence en études asiatiques (Université de Paris, 2010) m’avait donné des repères, puis ma formation continue à l’Institut Shang Shung m’avait appris à ralentir.

Au départ, j’étais sûre de moi. Je pensais que les couleurs servaient surtout à faire beau. Je croyais lire les thangkas comme une suite de symboles fixes, avec un code stable et facile à retenir. Je suis devenue plus prudente dès les premières comparaisons, mais ce réflexe n’est venu qu’après plusieurs erreurs.

J’avais lu des passages du rgyud bzhi et des notes du Centre de recherches tibétaines, sans saisir la fonction précise des couleurs. Je retenais rouge, jaune, blanc, vert, puis tout se brouillait dès qu’une autre planche contredisait la première. Je ne comprenais pas encore que la légende comptait autant que l’image. Ce manque de recul m’a suivie jusqu’au premier atelier.

Les premiers pas ont été plus compliqués que prévu, entre confusions et fatigue visuelle

Lors de ma première séance, j’ai passé une heure sur une seule planche. J’ai été frappée par le contraste entre les grands aplats de couleur et les traits noirs très fins. Ces traits découpaient les organes, les canaux et les zones de lecture avec une précision presque froide. Sur l’écran, les scans trop compressés écrasaient les contrastes, et les pigments passés aplatissaient tout. J’avais l’impression de perdre la profondeur dès que la reproduction manquait de netteté.

J’ai fait l’erreur de lire une couleur comme un symbole isolé. Je n’ai pas consulté la légende ni le chapitre du rgyud bzhi à chaque fois, et je me suis trompée de sens plus d’une fois. J’ai aussi mémorisé les teintes par cœur sans les relier aux nyepa et aux éléments. Le lendemain, tout se mélangeait. Un même rouge servait un jour de signal de chaleur, puis ailleurs d’accent de composition. J’ai hésité devant cette instabilité, parce que mon premier réflexe cherchait une réponse simple.

Devant les grandes planches saturées, mes yeux finissaient par glisser du centre vers la marge. Au bout de 10 minutes, je ne distinguais plus les lignes de construction. Je ne voyais plus que des masses colorées. J’ai eu un vrai découragement un soir, après 12 minutes de lecture continue, et j’ai fermé l’ordinateur d’un coup. Je me suis sentie perdue, puis franchement agacée par ma propre précipitation. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Le blanc m’a désorientée plus que les autres teintes. Je l’associais d’abord à une pureté simple, presque évidente. Dans ces planches, il pouvait aussi parler du frais, du calme, de la lourdeur ou du phlegme selon le contexte. J’ai fini par noter que, sur les planches anciennes, les couleurs paraissaient plates au début, puis les décalages de ton apparaissaient entre les fonds, les vêtements, les cartouches et les zones anatomiques.

Le jour où j’ai vu le système derrière les couleurs a tout changé

Dans l’atelier, le formateur a posé deux thangkas de la série des 79 côte à côte. Il a montré la même zone sur les deux planches, puis il a déplacé son doigt vers un autre aplat. J’ai compris alors que le rouge changeait de fonction selon la planche. Il servait par moments à signaler la chaleur, par moments à structurer la composition. J’ai été convaincue à cet instant que la couleur n’était pas décorative, mais structurante.

Le basculement est venu quand j’ai arrêté de chercher une équivalence simple couleur-symbole. J’ai commencé à lire la hiérarchie complète, d’abord les éléments, puis les nyepa, puis les qualités, puis l’organe. Je me suis retrouvée à comprendre la planche comme un ensemble, pas comme une suite de signes séparés. Ce passage m’a paru très net, presque brutal, parce qu’il a déplacé ma façon de regarder.

Après ce cours, j’ai annoté mes planches par couches. Je revenais systématiquement à la légende avant de conclure. J’ai choisi des reproductions plus nettes, avec des contrastes moins écrasés, et j’ai gardé les planches trop floues à part. Dans les notes de l’Institut Shang Shung, je retrouvais la même logique de lecture progressive. Ce tri m’a évité de confondre les pages entre elles.

Aujourd’hui je sais ce que j’ignorais au départ, et ce qui fait la vraie richesse de cet art

Aujourd’hui, je regarde une planche entière avant de poser un sens sur une couleur. Le même rouge change selon la zone, l’organe, le fond ou le vêtement. Les grandes plages et les traits noirs forment une grammaire, pas un décor. Mon travail de Rédactrice spécialisée en médecine traditionnelle tibétaine pour un magazine culturel et scientifique m’a appris à accepter cette lecture lente. Je suis devenue plus attentive aux détails modestes, comme le décalage d’un ton entre un fond et un cartouche.

Je garde aussi une limite très claire. Quand une question glisse vers une lecture clinique, je m’arrête. Là franchement, il vaut mieux consulter un praticien tibétain confirmé ou un professionnel de santé agréé, surtout si le cas est grave ou urgent. Je ne tire pas de diagnostic d’une couleur, et je ne veux pas faire croire le contraire. Pour ce genre de cas, je préfère orienter plutôt que prolonger une lecture qui dépasserait mon champ.

Si je devais recommencer, je passerais moins de temps sur des captures floues et plus de temps devant des reproductions nettes. Je reprendrais mes notes avec des couches séparées, une pour les éléments, une pour les nyepa, une pour la fonction de chaque teinte. Je vis seule, sans foyer à coordonner, et ce calme m’aide à reprendre la même page trois fois sans râler. Pour quelqu’un qui accepte de revenir trois fois sur la même planche, le code finit par se déplier.

En me replongeant dans l’atelier de Tenzin Norbu et dans les repères de l’Institut Shang Shung, je mesure le chemin parcouru depuis la première image feuilletée à la hâte. Je suis rentrée en région rouennaise avec une autre patience, et je l’ai gardée dans mes articles. Mon travail de Rédactrice spécialisée en médecine traditionnelle tibétaine pour un magazine culturel et scientifique y a gagné une respiration plus juste. Je vis seule, sans foyer à coordonner, et ce silence m’aide encore à relire sans presser la couleur.

Lhamo Tsering

Lhamo Tsering publie sur le magazine Médecine Tibet des contenus consacrés à la médecine traditionnelle tibétaine, à ses pratiques, à ses fondements et à son contexte culturel. Son approche repose sur la clarté, la progression et la mise en contexte des notions importantes, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre un sujet riche et souvent complexe.

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