Au festival tibétain près de rouen, ma première cuisine médicinale goûtée : entre erreur et découverte

juin 15, 2026

Au festival tibétain de Saint-Étienne-du-Rouvray, la vapeur m'a embué les lunettes dès la première gorgée prise debout dans le froid. Depuis la région rouennaise, je suis partie deux heures vers le stand, avec un carnet plié dans ma poche. En tant que rédactrice spécialisée en médecine traditionnelle tibétaine pour un magazine culturel et scientifique, j'avais noté trois repères: sel, gras, chaleur. Je vis seule, sans charge familiale à gérer, et ce jour-là je voulais juste goûter sans spectacle autour. J'étais sûre de moi, puis j'ai avalé trop vite.

Ce que j’attendais et ce que je ne savais pas encore

Je me suis retrouvée devant le stand avec 7 euros dans la main et l'idée naïve qu'un petit bol serait léger. La petite portion coûtait 3 euros, et la file avançait à petits pas sous les guirlandes de tissu. Je vis seule, sans charge familiale à gérer, donc je pouvais rester là sans regarder l'heure. Ma licence en études asiatiques (Université de Paris, 2010) m'avait appris les mots, pas la texture ni l'effet au ventre.

J'étais venue chercher une saveur douce, presque rassurante, avec un bouillon qui aurait ressemblé à une soupe de marché. Je pensais encore à une dégustation courte, et je voulais surtout quelque chose de familier après le trajet. Je me figurais un goût proche d'une boisson simple, pas une préparation qui demande déjà un rythme de prise.

Avant ce jour, j'avais lu des notes de cuisine médicinale tibétaine et quelques repères transmis à l'Institut Shang Shung. Je savais qu'il y avait du sel, du gras et une idée de réchauffement, mais je n'avais jamais relié ces mots à une sensation précise. Depuis 2014, en écrivant sur ce sujet, je suis devenue plus attentive aux écarts entre ce que je crois lire et ce que je ressens réellement.

Je regardais aussi les gestes du serveur, qui remplissait les bols en deux temps sans éclabousser. Il soulevait la louche, laissait tomber le bouillon, puis reposait le tout avec une précision tranquille. Ce soin me faisait déjà comprendre que je n'étais pas devant un simple en-cas.

La première dégustation qui a faussé toute l’expérience

La première cuillerée est venue trop vite, debout, avec le vent qui passait sous la tente. J'ai soulevé la feuille qui protégeait le bol, un petit bruit sec a claqué, puis la vapeur m'a frappée au visage. Je n'ai pas pris le temps de sentir la vapeur ni de regarder la marmite avant d'avaler, parce que la faim me pressait.

La soupe était plus dense que ce que j'attendais, et la texture a collé aux lèvres dès la première gorgée. La pellicule grasse restait au bord de ma bouche, tandis qu'un salé léger montait derrière le beurre chaud. À cet instant, j'ai senti que ce n'était pas une soupe de plaisir, mais une logique de réchauffement et de soutien du corps.

Au bout de 12 minutes, je me suis sentie lourde, presque plombée, et j'ai dû m'asseoir près d'un banc en bois. J'avais pris un bol entier au lieu d'une petite cuillerée, et mon ventre l'a rappelé sans gentillesse. J'ai eu du mal à distinguer la faim restante du simple effet de saturation, ce qui m'a laissée un peu vexée. Je me suis trompée de rythme, pas de plat.

Ce qui m'a le plus gênée au départ, c'est l'odeur de beurre chaud sous la tente. L'air sentait aussi les céréales grillées, et ce mélange m'a d'abord coupé l'appétit. Puis, après deux ou trois gorgées, cette odeur m'a paru moins dure, presque liée à la chaleur du lieu.

J'ai hésité à finir le bol quand j'ai vu la surface encore brillante. J'ai posé la cuillère sur le bord pendant quelques secondes, ce qui m'a semblé ridicule sur le moment. Le doute venait moins du goût que de la sensation de m'être trompée d'attente.

Ce que j’ai changé après ce faux départ et ce que ça m’a appris

Le deuxième jour, je suis rentrée au festival plus tôt, après 20 minutes de marche lente, et j'avais déjà mangé quelque chose de léger. J'ai posé deux questions au stand avant de toucher au bol, puis j'ai regardé la vapeur sortir des marmites comme un signal. Mon travail de Rédactrice spécialisée en médecine traditionnelle tibétaine pour un magazine culturel et scientifique m'a appris à ne pas m'arrêter au premier verdict. En 14 ans à écrire sur la médecine traditionnelle tibétaine, j'ai fini par remarquer que la première impression va vite, mais qu'elle ne dit pas tout.

Cette fois, j'ai commencé par une petite portion, à peine plus qu'une demi-tasse, au lieu d'un grand bol. Je n'ai plus goûté à jeun, et j'ai laissé passer le froid du trajet avant de boire. J'ai aussi pris le temps de sentir la vapeur et de soulever la feuille avec lenteur, presque comme un geste d'attente.

Le goût a changé avec ce rythme-là. Les épices douces passaient derrière le sel, et les céréales grillées donnaient une base plus sèche à l'ensemble. La gorge gardait une chaleur persistante, sans cette impression de trop-plein qui m'avait gênée la veille.

Je comprends mieux, maintenant, la logique du gras et du sel dans cette cuisine médicinale tibétaine. Dans la lignée des repères de l'Institut Shang Shung et du Centre de recherches tibétaines, je vois surtout une cuisine de soutien, pas une cuisine d'effet immédiat. Là, je reste dans mon champ de rédactrice, et pour un malaise qui dure je laisse le diagnostic à un médecin.

Le vendeur a même repris la louche devant moi, juste pour me montrer le niveau de remplissage. Ce détail m'a marquée, parce qu'il séparait nettement l'idée de dégustation et celle de repas complet. Je suis devenue plus attentive à cette frontière très simple.

Ce que cette expérience m’a laissé en tête, entre erreurs et conseils personnels

Ce festival m'a laissé une leçon très simple: je peux admirer une préparation sans lui demander de flatter mes attentes au premier contact. Les petites portions autour d'un bol ou d'une tasse prennent leur sens quand je les aborde lentement, sans courir entre deux allées. Je suis rentrée à Rouen avec cette lenteur en tête, et j'y reviens encore quand je relis mes notes.

Je ne reprendrais jamais un bol entier d'emblée. Je retournerais, en revanche, goûter d'autres préparations, mais seulement après quelques minutes de marche et un repas léger avant l'arrêt. Je vis seule, pas de famille à gérer, donc je peux me permettre ce tempo sans brusquer ma journée.

Cette expérience m'a surtout appris qu'un bol ne se juge pas seulement à son goût sucré ou non; le contexte culturel compte autant que la première gorgée. Pour moi, le vrai basculement est venu au troisième essai, quand la chaleur a pris le dessus sur l'étrangeté. "Ce bol de soupe tibétaine, pris trop vite, m’a appris plus sur ma manière d’aborder la nourriture que sur le plat lui-même".

Lhamo Tsering

Lhamo Tsering publie sur le magazine Médecine Tibet des contenus consacrés à la médecine traditionnelle tibétaine, à ses pratiques, à ses fondements et à son contexte culturel. Son approche repose sur la clarté, la progression et la mise en contexte des notions importantes, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre un sujet riche et souvent complexe.

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