Avoir confondu médecine tibétaine et ayurveda m’a valu une belle leçon

août 14, 2026

Dans ma gorge, la médecine tibétaine et l’ayurveda se sont brouillées quand la poudre réchauffante a tiré sur ma langue. J’ai perdu 80 euros en poudres, notes imprimées et doublons, puis j’ai mis des nuits à comprendre mon erreur. À Dharamsala, puis au Men-Tsee-Khang de McLeod Ganj, j’avais pourtant vu un bol blanc, un pouls long à deux poignets et des catégories qui ne se recoupaient pas. Ce soir-là, dans mon salon en région rouennaise, je vis seule, sans famille à gérer, et j’étais sûre de moi. J’avais tort.

Un jour la réalité m’a rattrapée

Je vis seule, et ce détail comptait ce soir-là, parce que le silence tombait vite après 20 h 30. Je traversais une période lourde, avec des articles à rendre et une fatigue nerveuse qui collait aux épaules. J’ai été frappée par l’idée qu’un protocole réchauffant me remettrait d’aplomb, alors je suis partie d’un questionnaire en ligne sur les doshas. J’ai fini par comprendre, plus tard à me méfier de cette facilité.

Je suis partie d’un faux équivalent, et c’est là que j’ai glissé. J’ai pris des plantes chaudes, du gingembre, une poudre vendue comme compatible avec les deux traditions, puis des repas très épicés le soir. Le mode d’emploi parlait de 3 prises par jour, sans dire si le cadre était tibétain ou ayurvédique. J’ai mélangé sans vérifier, persuadée que les mots se répondaient.

Après 2 nuits, ma langue collait au palais et ma gorge piquait comme du papier sec. Je me suis sentie trop vive, presque électrique, avec une chaleur qui montait dans la nuque. Le sommeil s’est cassé en 4 morceaux, avec des réveils à 1 h 20, 3 h 10 et 5 h 40. Le matin, je me traînais avec une fatigue bizarre, plus sèche que lourde.

La nuit blanche m’a laissée hagarde, et j’ai fini par compter les réveils comme on compte des cailloux dans une poche. Je suis rentrée dans mon lit à 6 h 15, les draps humides, avec une colère bête contre ma propre précipitation. J’ai été convaincue trop tard que le problème venait du mélange des cadres, pas de mon corps qui ferait semblant de mal réagir.

Comment j’ai découvert que tibétain et ayurveda ne se mélangent pas

J’ai passé plusieurs soirées à comparer rLung, mkhris-pa et bad-kan avec vata, pitta et kapha. J’ai été frappée par un détail simple, les mots se ressemblent en traduction rapide, mais pas la logique derrière. Je cherchais des équivalences là où il y avait deux cartes différentes. Je suis partie du mot « dosha » comme d’une porte, et j’ai compris qu’elle ouvrait ailleurs.

Un détail technique m’a arrêtée net, le pouls tibétain ne se lit pas à la va-vite. Les doigts restent posés longtemps sur les deux poignets, et la lecture demande une patience que je n’avais pas prise au sérieux. Puis j’ai revu l’urine du matin dans un bol blanc, à la lumière du jour, avec une couleur qui change en refroidissant. Une petite pellicule et quelques bulles donnaient déjà des pistes que j’aurais ignorées.

  • Suivre un protocole ayurvédique réchauffant alors que mon tableau tibétain signalait déjà un excès de chaleur.
  • Acheter des produits « himalayens » sans vérifier leur tradition précise.
  • Cumuler plusieurs conseils sans cohérence, puis attendre que tout se recolle tout seul.

À force de mélanger, ma digestion traînait et ma tête restait vive au mauvais moment. Une nausée légère est venue avec un transit perturbé, puis une fatigue nerveuse qui me rendait sèche et impatiente. J’avais aussi ajouté 12 euros de port et 38 euros pour une consultation en ligne, sans gagner une seule soirée tranquille. Le surcoût n’était pas énorme, mais il m’a agacée plus que le montant lui-même.

La facture qui m’a fait mal et le temps perdu à corriger tout ça

La facture ne venait pas d’un gros achat, mais d’une série de petites dépenses qui se sont additionnées sans bruit. J’ai payé 24 euros pour une poudre, 18 euros pour un pilulier, puis encore 38 euros pour une lecture en ligne qui a brouillé ce que je croyais comprendre. Quand j’ai tout mis bout à bout, les 80 euros n’avaient plus rien d’anecdotique. J’aurais dû m’arrêter au premier flou, au lieu de continuer par entêtement.

Il m’a fallu 3 semaines pour remettre un peu d’ordre dans mes notes et mes sensations. Pendant ces 3 semaines, je regardais l’heure des prises, le repas du soir et la qualité du sommeil, puis je changeais un seul paramètre. J’ai perdu aussi 2 heures entières à relire mes propres pages de travail, parce que ma concentration sautait. Je me suis retrouvée à corriger les mêmes lignes trois fois.

Le pire, c’était le soir, quand je rentrais fatiguée et que la moindre tâche me paraissait trop longue. Un mardi de février, j’ai annulé un entretien éditorial à 8 h 40, parce que j’avais dormi 4 heures et que mes yeux piquaient sur l’écran. Je vis seule, pas de famille à gérer, mais la fatigue débordait quand même dans mes gestes. J’étais là sans l’être, ce qui m’a saoulée plus que je ne veux l’avouer.

Ce que j’aurais dû savoir avant de me lancer

J’aurais dû choisir un seul cadre dès le départ. Quand je mélangeais les catégories tibétaines avec les doshas, je brouillais tout, y compris mes propres notes. Avec rLung, mkhris-pa et bad-kan d’un côté, vata, pitta et kapha de l’autre, j’avais six tiroirs au lieu de trois. Mon métier et scientifique m’a appris à quel point un mot juste change la lecture d’un signe.

La bouche sèche, le sommeil haché et la chaleur qui grimpe dans la nuque ne m’ont pas prévenue longtemps. J’ai mis 4 jours à les prendre au sérieux, alors qu’ils revenaient après chaque prise réchauffante. Le repas du soir trop tardif, les épices ajoutées sans mesure et les nuits plus courtes m’ont servi de mauvais test. Je faisais semblant de ne pas voir ce que mon corps répétait.

J’avais aussi une fiche de repères rapportée de Dharamsala, et j’aurais dû m’y tenir au lieu de suivre deux vendeurs flous. Les sites qui mélangeaient tout sous une étiquette « himalayenne » m’ont laissé avec une liste d’ingrédients floue et un mode d’emploi contradictoire. Là, j’aurais gagné du temps en parlant à un praticien formé à cette tradition, pas à une vitrine qui promettait de tout relier. La confusion venait moins des plantes que du brouillard autour des mots.

Ce qui m’a le plus servi, c’est de replacer chaque tradition dans son cadre : la médecine tibétaine s’appuie sur la théorie des trois humeurs et une cosmologie bouddhiste, là où l’ayurveda parle de doshas et vient d’un tout autre monde. Confondre les deux, c’est passer à côté du sens de chaque geste. Depuis, je vérifie toujours l’origine d’une pratique avant d’en parler.

Quand les réveils ont duré 4 semaines et que ma concentration s’effritait, j’ai compris que ce terrain me dépassait. Pour ce type de confusion qui s’installe, j’aurais laissé la place à une praticienne formée à cette tradition, au lieu de m’entêter dans un mélange bancal. Je suis devenue plus prudente devant les symptômes qui s’additionnent au lieu de se calmer. À McLeod Ganj, j’avais vu la séparation des cadres, et j’ai quand même voulu les superposer. J’ai payé 80 euros pour ce brouillard, perdu 3 semaines, et gardé le regret d’avoir voulu simplifier ce qui demandait de la précision. Pour quelqu’un qui accepte de laisser chaque tradition parler son propre langage, la leçon est nette. Moi, j’ai surtout retenu le prix d’une confusion que j’aurais pu éviter.

Lhamo Tsering

Lhamo Tsering publie sur le magazine Médecine Tibet des contenus consacrés à la médecine traditionnelle tibétaine, à ses pratiques, à ses fondements et à son contexte culturel. Son approche repose sur la clarté, la progression et la mise en contexte des notions importantes, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre un sujet riche et souvent complexe.

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