J’aurais dû commencer la pratique du souffle Loung avant l’entrée de l’automne : mon erreur, mes nuits hachées, et ce que j’ai compris trop tard

juin 8, 2026

Moi, Lhamo Tsering, rédactrice spécialisée en médecine traditionnelle tibétaine pour Médecine Tibet, j’ai été rattrapée par le souffle Loung un matin de septembre. C’était dans ma cuisine de Déville-lès-Rouen, encore froide, à deux pas de la rue Jeanne-d’Arc. J’avais déjà encaissé 3 nuits hachées, et je m’étais racontée que ce n’était qu’un passage. Le premier vent sec d’automne est arrivé avec un réveil à 4 h 12. J’ai compris que j’avais laissé filer le signal. En 14 ans de travail rédactionnel, entre Médecine Tibet et l’Institut Shang Shung, je pensais connaître ce piège. Je me suis trompée.

J’ai laissé passer les premiers signaux dans mon bureau

Je passais mes journées à écrire pour Médecine Tibet, à relire des notes sur le rlung et à caler des entretiens. Mon bureau donne sur un radiateur à bain d’huile, et le sifflement me suivait déjà avant 8 h 30. Fin août, j’avais encore l’impression de tenir. Pourtant, ma nuque durcissait à 16 h 20, quand je refermais mon carnet bleu avec deux tasses de thé refroidi. Ma licence en études asiatiques, obtenue à l’Université de Paris en 2010, m’avait appris la patience des textes, pas celle des premiers craquements du corps.

J’attendais le froid franc au lieu de réagir aux petits signaux. Les soupirs involontaires revenaient quand je montais les deux étages jusqu’à ma chambre. La respiration restait haute, et la bouche était sèche dès le réveil. Je connaissais le piège, pourtant je l’ai laissé s’installer. Le rlung ne m’a pas attendue. Il a pris la place avant moi.

Le matin où tout a basculé, je me suis levée avec la langue collée au palais. Il était 4 h 08, la pièce encore noire, et mon mental tournait déjà sur mes brouillons du jour. Le souffle restait coincé en haut, juste sous la gorge. J’ai pris un verre d’eau dans une tasse de faïence blanche, puis j’ai vérifié l’horloge du four une deuxième fois. C’était le genre d’aube où je sais que la journée sera plus courte que prévu.

La semaine où j’ai forcé au lieu d’apaiser

Une soirée, j’ai voulu rattraper le retard avec une séance plus appuyée, faite à 22 h 15 après un dîner trop lourd. J’ai enchaîné 2 cycles trop profonds, puis j’ai senti la tête tourner dès que je me suis relevée du coussin. Le cœur était trop présent dans la poitrine, presque tapageur. J’ai arrêté net, un peu vexée, parce que je pensais encore pouvoir corriger le manque de sommeil d’un coup.

Les deux jours suivants, j’ai payé l’addition. Je me suis réveillée plus tôt, vers 3 h 40 puis 4 h 05, avec la bouche encore plus sèche. J’ai perdu 5 heures de travail, parce que je relisais la même phrase sans la tenir. J’ai aussi laissé filer une matinée entière et trois mails simples. Ce n’était pas spectaculaire, mais j’étais inutilement tendue, et ça m’a agacée plus que je ne veux l’avouer.

Le vrai faux pas, c’étaient mes respirations trop profondes et trop rapides. Je les faisais presque pour prouver quelque chose à moi-même, avec des rétentions qui irritaient la gorge. L’air restait en haut, la poitrine se fermait, et je sortais de là plus sèche qu’en entrant. Là encore, l’Institut Shang Shung me revenait en tête, parce que les repères que j’y avais travaillés parlaient de douceur, pas de performance. J’avais oublié ce détail simple.

Le pire, c’est la soirée entière où j’ai cru que la pratique ne me convenait pas. J’ai arrêté au bout de 2 cycles parce que ma tête tournait déjà, et c’est là que j’ai su que je forçais au lieu de préparer l’automne. J’avais pratiqué tard, après un repas trop riche, avec la nuque dure et l’esprit déjà saturé. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Ce que j’ai changé avant les premières nuits sèches

J’ai fini par raccourcir à 7 minutes, le matin, pendant 10 jours d’affilée. La différence est venue vite, avec moins de réveils en sursaut au premier vent sec et moins de cette sensation d’être perchée dans la poitrine. Le souffle restait discret, presque banal, et c’est justement ce qui a mieux tenu. Je ne savais pas si ce serait généralisable, mais chez moi le corps a lâché un peu de sa crispation.

C’est là que j’ai compris ce que j’aurais dû faire fin août, pas au premier soir humide. Quand les soupirs involontaires commençaient, quand la nuque devenait dure au lieu d’être juste fatiguée, le corps annonçait déjà la suite. Le sommeil devenait plus léger, la bouche plus sèche, et le réveil à 3 h se préparait en silence. J’ai compris tard que le piège n’était pas le froid brutal, mais les jours qui l’annoncent.

Le rythme comptait plus que l’amplitude. Un souffle discret passait mieux qu’une séance forte, et j’ai cessé les rétentions longues dès que la gorge a recommencé à piquer. Quand la respiration monte, que la bouche devient pâteuse et que l’air semble bloqué en haut, je sais maintenant qu’je trouve qu’il vaut mieux lever le pied. Les repères du Centre de recherches tibétaines vont dans cette direction, sans faire de miracle ni de promesse.

Et quand les réveils à 3 h, les palpitations ou les vertiges s’installent, je ne range plus ça dans la case saisonnière. Là, franchement, je renvoie vers un médecin ou un spécialiste du sommeil, parce que je ne fais pas de diagnostic. Ce versant-là dépasse mon cadre, et je préfère rester à ma place. J’ai appris à le faire tard, mais je l’ai appris.

Ce que je retiens maintenant, sans me mentir

Je ne prends plus les micro-signaux pour de la fatigue ordinaire. Les soupirs involontaires, la nuque raide et la bouche sèche me parlent maintenant avant la vraie casse. Après 14 ans de travail rédactionnel, je vois mieux la différence entre un passage sec et un corps déjà en train de décrocher. Je m’en veux d’avoir attendu le premier vrai froid.

Dans ma vie seule, sans enfant, ces nuits hachées ont pesé plus que je ne l’aurais cru. Le lendemain, j’étais moins patiente avec mes propres notes, plus raide avec les gens, et je me suis sentie pauvre en attention. Ce n’est pas spectaculaire, mais ça a glissé jusque dans mon humeur du soir. J’ai vu là un effet banal et pénible, sans écran pour l’adoucir.

Je retiens surtout que le souffle Loung ressemblait moins à une réparation qu’à un entretien de saison. Quand je l’ai laissé attendre le premier vent sec, j’ai transformé un geste simple en crise de dernière minute. Je ne le conseille pas quand la bouche est déjà sèche, que les réveils se répètent et que les vertiges commencent. Dans ce cas, je préfère couper court et demander un avis médical.

Si j’avais su qu’une langue sèche au réveil pouvait me coûter 3 nuits hachées, deux matinées de travail brouillé et une semaine entière à me battre contre moi-même, j’aurais commencé avant le premier vent froid. J’aurais écouté les petits soupirs, la nuque dure, ce réveil de 4 h qui ne ment jamais. Au lieu de ça, j’ai attendu que Médecine Tibet, l’Institut Shang Shung et mes notes de Rouen prennent sens trop tard. Ça m’a coûté plus d’énergie que je ne voulais l’admettre.

Lhamo Tsering

Lhamo Tsering publie sur le magazine Médecine Tibet des contenus consacrés à la médecine traditionnelle tibétaine, à ses pratiques, à ses fondements et à son contexte culturel. Son approche repose sur la clarté, la progression et la mise en contexte des notions importantes, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre un sujet riche et souvent complexe.

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