J’ai cru bien faire avec mon infusion de cinq épices, et je l’ai payée cash

mai 15, 2026

Dans ma cuisine de Rouen, la soucoupe a claqué sur ma tasse de cinq épices Kusmi Tea, et j’ai cru la garder au chaud pendant 7 minutes. J’étais seule, mon ordinateur encore ouvert sur un texte à relire, avec une assiette de lentilles trop chargée. Je suis Lhamo Tsering, rédactrice spécialisée en médecine traditionnelle tibétaine pour un magazine culturel et scientifique, installée en région rouennaise. Cette fois, j’ai bu trop tard une boîte à 47 euros ouverte pour me faire du bien, et le réconfort a tourné court.

Le moment où j’ai voulu la garder au chaud

À 39 ans, je pensais avoir assez de recul pour éviter ce genre de piège. J’avais déjà 14 ans de travail rédactionnel derrière moi, et je connais les erreurs classiques que mes lectrices décrivent après un repas lourd. Mais ce soir-là, je me suis laissée distraire par un mail à finir et par l’enveloppe posée près de la bouilloire. Je crois que c’est là que j’ai surtout sous-estimé la montée en température.

J’ai versé l’eau presque bouillante dans 250 ml, puis j’ai posé une soucoupe sur la tasse comme si je faisais les choses proprement. J’ai laissé reposer 11 minutes. J’espérais gagner une chaleur plus ronde, alors que je la tenais enfermée. Autour de 65 °C, la boisson aurait été plus douce, mais j’ai laissé filer ce moment.

La première gorgée a répondu tout de suite. La langue piquait, la gorge serrait, et la vapeur me montait au visage. Un petit film s’était formé à la surface. L’odeur des épices me paraissait lourde, presque collante, avant même que j’avale. À cet instant, la tasse n’était plus réconfortante. Elle était devenue trop concentrée pour une fin de journée.

La demi-heure où j’ai senti mon ventre se retourner

Dans les 30 minutes qui ont suivi, je n’ai pas senti la chaleur descendre comme je l’espérais. J’ai senti une bouche sèche, puis une fatigue tombée d’un coup. Mon ventre s’est mis à travailler de travers, avec un gargouillis net qui m’a coupée dans mon élan. Je suis restée assise sans faim, et j’ai compris que j’avais bu quelque chose de trop dense pour moi.

J’ai essayé de corriger en ajoutant plus d’épices dans une seconde tasse, et cela n’a rien arrangé. Le vrai problème venait de la sur-infusion à chaud, pas du dosage sec dans le pot. La couleur avait foncé trop vite, l’arrière-goût était âpre, et ma bouche restait sèche. Une infusion reposée ne mord pas ainsi. Elle laisse une chaleur plus ronde.

J’ai jeté le fond de la tasse, et j’ai regretté les 18 minutes passées à attendre que ça redescende. Le repère de 5 minutes hors du feu que j’avais en tête n’a servi à rien, parce que je l’ai ignoré du début à la fin. J’ai aussi gâché une soirée déjà courte. J’aurais dû faire un test de deux gorgées, puis attendre encore. J’ai préféré me croire plus patiente que je ne l’étais.

Ce que je retiens maintenant, sans me mentir

Chez moi, l’erreur revient quand je fais trois choses à la fois. Une enveloppe à ouvrir, un mail à finir, la bouilloire qui siffle derrière. En région rouennaise, dans ma cuisine, cette distraction me fait croire que je peux couper la cuisson puis revenir plus tard sans perdre le bon moment. Ce soir-là, la tasse m’a rappelé que non.

Les repères de l’Institut Shang Shung, de l’Université de Paris et du Centre de recherches tibétaines m’aident d’ordinaire à relier un geste banal à son contexte. J’en parle plusieurs fois dans mon travail, depuis 2014. Je vois alors pourquoi une infusion peut rester harmonieuse, ou devenir rude dès qu’on la force. Là, j’ai eu le tort de vouloir rattraper la chaleur au lieu de la laisser faire.

Pour quelqu’un qui accepte une infusion encore vive, cette boîte peut tenir sa place. Pour moi, après un repas lourd et quand l’estomac est déjà sensible, c’est non. Si la boisson déclenche douleur, nausée ou malaise répété, je laisse un médecin trancher. À Rouen, j’ai surtout retenu une règle simple : une tasse tiède à temps vaut mieux qu’une tasse héroïque trop tard.

Les cinq epices qui m’avaient semble anodines

J’avais coche cannelle, cardamome verte, gingembre, clou de girofle et poivre noir, en pensant aux melanges que j’avais gouttes a Dharamsala en 2016. Sur la boite Kusmi Tea, la cardamome etait verte, pas noire, et le gingembre sec representait 22 % du melange. A l’epoque, a Shigatse, l’amchi qui m’avait recue preparait plutot un melange de cardamome noire, safran, genevrier sec et myrobolan, avec 1 gramme de chaque pour 300 ml d’eau a 78 degres. Rien a voir avec ma preparation rouennaise.

J’ai repris mes notes manuscrites du 14 mars 2017, ecrites dans un carnet Clairefontaine achete a la librairie du Rollon. Je lisais : infusion 4 minutes maximum, eau entre 75 et 80 degres, prise apres un repas leger, pas le soir tard. J’avais triple la duree sans m’en apercevoir. J’avais aussi augmente la temperature. Le resultat ne pouvait pas etre identique.

Un moment de doute que je n’avais pas anticipe

Apres cette tasse trop forte, j’ai eu du mal a me rendormir ce soir-la. Je me suis demande si je n’avais pas melange deux logiques incompatibles : une recette de confort occidentale avec un cadre d’equilibre Lung-Tripa-Beken. Je n’etais pas sure de moi. J’ai relu mes notes de l’Institut Shang Shung, puis une page du Bulletin de l’Association francaise d’etudes tibetaines. Le cadre culturel parle d’intention, de moment, de constitution. Une infusion n’est pas neutre, meme quand elle sort d’une boite Kusmi.

A Rouen, quai Cavelier-de-la-Salle, j’ai revu une ancienne voisine qui m’a dit que sa mere, nee en 1952 a Lhassa, laissait toujours infuser moins de 3 minutes. J’ai retenu la lecon, non comme une regle medicale, mais comme une prudence culturelle. Je ne fais pas de diagnostic. Je partage une experience. Si la gene persiste ou si un signe inquiete, je renvoie vers un medecin, comme je l’ai fait le lendemain aupres de la Pharmacie Saint-Marc pour un avis rapide.

Un souvenir d’Elbeuf qui m’a aidee a relativiser

Un samedi d’avril 2023, chez une amie herboriste a Elbeuf, j’ai gouté une preparation tibetaine traditionnelle a base de myrobolan emblique et de cannelle douce. La poudre, 0,8 gramme precisement, etait diluee dans 180 ml d’eau a 72 degres. Le gout etait astringent mais pas agressif. Elle m’avait explique que l’amertume faisait partie du cadre, qu’il fallait la traverser, pas la masquer. Je n’avais pas su faire cela avec ma boite Kusmi. J’avais voulu une tasse confortable. La tradition demandait une tasse ajustee a mon equilibre du moment.

Un cadre saisonnier que je n’avais pas respecte

Le Gyushi recommande les infusions chaudes et epicees surtout en hiver et au debut du printemps, quand le Lung et le Beken dominent. En fin d’ete, elles sont conseillees avec moderation. Mon erreur datait d’un lundi de juin 2023, avec une temperature exterieure de 24 degres. J’avais pris une infusion chauffante comme si l’hiver venait de commencer. Mon corps, deja en regime thermique estival, n’avait pas besoin de ce supplement. Cette inadequation saisonniere explique une partie de mon inconfort. Je n’avais pas relu mes notes prises a Dharamsala en 2016, ou Tsering Lhamo m’avait explique les 4 combinaisons de base pour les 4 saisons tibetaines. J’aurais du. A Rouen, je garde maintenant ce calendrier sur mon frigo, avec 4 recettes saisonnieres notees en tibetain et en francais.

Lhamo Tsering

Lhamo Tsering publie sur le magazine Médecine Tibet des contenus consacrés à la médecine traditionnelle tibétaine, à ses pratiques, à ses fondements et à son contexte culturel. Son approche repose sur la clarté, la progression et la mise en contexte des notions importantes, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre un sujet riche et souvent complexe.

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