Tenir un carnet des saisons tibétain pendant un an : de la surcharge à la simplicité qui a tout changé

juin 11, 2026

Le papier du carnet collait encore un peu sous ma paume, et la buée de la fenêtre dessinait des traînées grises ce matin de novembre. J'avais noté la veille le vent, la soupe, le coucher, puis mon humeur, et tout me semblait déjà brouillé. À ce moment-là, j'ai été frappée par une idée simple, presque gênante. En tant que Rédactrice spécialisée en médecine traditionnelle tibétaine pour un magazine culturel et scientifique, je savais que je compliquais trop les choses.

Comment j'ai commencé avec trop d'enthousiasme et de détails

Depuis ma région rouennaise, je suis partie 2 jours à Paris pour une rencontre à la Maison de l'Inde, puis je suis rentrée avec cette idée fixe de tenir un carnet saisonnier. Je vis seule, et pas de famille à gérer ne me laissait, croyais-je, tout le temps qu'il fallait. En vrai, mes journées de rédaction continuaient de courir, avec mes 15 articles par an à boucler depuis 2014. Mon travail de Rédactrice spécialisée en médecine traditionnelle tibétaine pour un magazine culturel et scientifique m'a appris à observer, mais là, je voulais observer trop vite.

Mon point de départ venait aussi de ma Licence en études asiatiques (Université de Paris, 2010). J'avais relu des notes prises à l'Institut Shang Shung, et je pensais pouvoir relier météo, repas et état du jour sans difficulté. Le premier matin, j'ai tout écrit d'un bloc. Vent sec, dîner tardif, bouche pâteuse, sommeil agité, ventre lourd, esprit dispersé, puis une sensation de fatigue qui n'existait pas encore la veille. J'ai été convaincue, pendant trois jours, que plus je notais, plus je verrais clair.

Au bout de 10 jours, mon carnet ressemblait à un tableau trop chargé. J'avais ouvert presque une dizaine de colonnes, avec la météo, l'humeur, la digestion, l'heure du coucher, les réveils, la soif, les repas, la marche, puis mes remarques du soir. Je passais 5 minutes le matin et 5 minutes le soir quand je restais simple, puis quinze minutes quand je me laissais emporter. Et là, je me suis retrouvée à écrire à la va-vite, sans hiérarchie, avec une impression de brouillard qui ne m'a pas quittée.

Le jour où j'ai compris que ça ne marchait pas

Un soir de janvier, mon bureau sentait encore le thé refroidi, et les pages du carnet étaient ouvertes sur une semaine entière. J'avais passé la journée sur un article, puis la soirée à relire des notes prises trop vite. J'ai regardé la suite des jours, et j'ai eu un petit coup au ventre. Les chiffres étaient là, les croix aussi, mais rien ne se tenait. Je me suis sentie agacée, puis franchement lasse.

J'ai compris que j'avais commis plusieurs erreurs en même temps. Je changeais le dîner, la tisane, l'heure du coucher et même la marche du soir dans la même semaine. Après, je concluais dès la première semaine que rien ne marchait. J'ai aussi noté surtout les mauvais jours. Les journées calmes disparaissaient presque du carnet, et l'année semblait plus chaotique qu'elle ne l'était.

Le basculement est venu en relisant une semaine entière avec un peu de distance. Les jours de vent, le coucher tardif et les repas froids revenaient ensemble, presque au même rythme. Ce trio-là m'a sauté aux yeux. Le matin, j'avais la bouche sèche, la langue un peu rêche, et une soif étrange, différente d'un simple excès de sel. J'ai été frappée par la répétition, pas par un symptôme isolé.

J'ai alors réduit mes critères à 4 repères, pas davantage. J'ai gardé le vent, le sommeil, l'heure du dîner et la sensation au réveil. Je me suis aussi interdit de corriger tout le reste en même temps. Au bout de 6 semaines, le carnet a commencé à respirer. Les répétitions devenaient lisibles, et je pouvais enfin distinguer le jour fatiguant du vrai signal saisonnier.

Ce que j'ai découvert en passant à une méthode plus simple

En tant que Rédactrice spécialisée en médecine traditionnelle tibétaine pour un magazine culturel et scientifique, j'ai fini par choisir mes repères avec plus de calme. Je suivais surtout rLung quand le vent dominait, Bad-kan quand la lourdeur revenait, et mKhris-pa quand la tête montait en température. Dans mes notes, la bouche sèche au réveil et le ventre qui gargouille sans vraie faim m'orientaient vers rLung. La lourdeur après les repas, la langue épaisse et l'envie de sucre me parlaient plutôt de Bad-kan.

J'ai alors testé des gestes minuscules. J'ai avancé le dîner de 30 minutes, et j'ai gardé une soupe chaude les soirs froids. Le résultat a été visible sur mes mains glacées et sur cette sensation de ventre froid qui me suivait depuis des semaines. Un repas plus cuit m'a plus aidée qu'un grand chamboulement, et ça m'a surprise. J'étais partie chercher des explications, j'ai trouvé des ajustements.

J'ai aussi repéré un autre piège. Les soirées trop stimulantes, avec lecture tardive ou discussion un peu longue, me laissaient un sommeil plus court. Je pouvais m'endormir correctement, puis me réveiller au milieu de la nuit avec l'esprit très actif. Les phrases du carnet n'étaient alors pas nombreuses, mais elles pointaient toujours la même chose. Je suis devenue plus sélective, et c'est là que j'ai commencé à voir des tendances nettes.

Avec le recul, le carnet n'a jamais aimé les périodes où je faisais trop de choses d'un coup. Quand je corrigeais repas, coucher et activité dans la même semaine, je m'embrouillais à nouveau. Une période de fatigue, au bout de 4 mois, m'a même fait douter de tout. J'ai noté moins bien pendant 3 jours, puis j'ai cru que la méthode m'échappait. En revenant à 3 critères, j'ai retrouvé le fil.

Ce que je sais maintenant que j'ignorais au départ

J'ai compris que vouloir tout contrôler fatigue plus qu'elle n'éclaire. Un carnet trop riche devient vite un objet de stress, et je l'ai vécu de près. Mes pages les plus utiles sont restées les plus sobres. Celles où j'écrivais en deux lignes, pas davantage, me donnaient un vrai retour le lendemain. Les jours où je traçais dix détails, je ne voyais plus rien.

Mon rythme de vie a pesé autant que les saisons. Je ne pouvais pas me coucher tôt à heure fixe, même avec toute la bonne volonté du monde. Je l'ai admis un peu tard, je l'avoue, et cette honnêteté a changé la façon dont je lisais mes notes. J'ai gardé les mêmes horaires de travail, puis j'ai observé ce qui bougeait vraiment. Quand je respectais mieux mes repas, je me sentais moins éparpillée le soir.

J'ai aussi testé un suivi digital pendant 11 jours. L'écran me donnait des cases propres, mais j'y perdais le geste du stylo et le frottement du papier. Les sensations me semblaient moins nettes. Je suis rentrée un soir avec l'application ouverte, puis je l'ai fermée au bout de 2 minutes. Le carnet en papier, lui, gardait l'odeur du thé et la trace des hésitations.

Quand un signe me paraissait trop durable, je sortais de mon champ habituel et je laissais la place à un médecin. Là, je ne joue pas à l'experte de tout. Ce carnet m'a appris mes limites autant que mes repères. Pour les épisodes de ventre lourd, de sommeil très perturbé ou de malaise qui persiste, je ne force jamais l'interprétation tibétaine.

Mon bilan après un an de carnet des saisons

Après un an, j'ai gardé une impression très simple. Le carnet m'a aidée quand je l'ai laissé devenir lisible, pas quand j'ai voulu le rendre savant. J'ai vu mes répétitions d'une saison à l'autre, avec des jours de vent plus difficiles, des soirs trop froids plus lourds, et des réveils plus agités après les dîners tardifs. Le nom de l'Institut Shang Shung reste pour moi lié à cette patience-là, celle qui accepte d'attendre avant de conclure.

Je referais sans hésiter la tenue du carnet, mais dès le départ avec une version allégée. Je ne recommencerais pas les colonnes multiples ni les corrections dispersées. Ce qui a tenu chez moi, c'est la stabilité des repas, du coucher, et d'une note brève le matin et le soir. Pour quelqu'un qui accepte de rester sobre et de ne pas tout piloter, ce carnet a sa place.

Je garde encore en tête un matin d'hiver, dans mon salon en région rouennaise, quand j'ai noté le vent froid sur ma nuque et la lourdeur dans mon ventre. J'étais seule, le carnet ouvert, et la page ne mentait pas. Ce jour-là, je n'ai pas eu besoin de théorie supplémentaire. J'ai simplement compris que mon corps me parlait à sa manière, et que je pouvais enfin l'écouter sans le noyer sous mes propres notes.

Lhamo Tsering

Lhamo Tsering publie sur le magazine Médecine Tibet des contenus consacrés à la médecine traditionnelle tibétaine, à ses pratiques, à ses fondements et à son contexte culturel. Son approche repose sur la clarté, la progression et la mise en contexte des notions importantes, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre un sujet riche et souvent complexe.

BIOGRAPHIE